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BP fait entrer les pétroliers chez les verts
Analyse.
Nicolas Pinguely
Mardi 6 décembre 2005
La décision prise par BP n'a pas fait beaucoup de vagues. Et pourtant. Les 8 milliards de dollars qui seront investis ces 10 prochaines années dans les énergies alternatives représentent une rupture avec le passé. Le groupe pétrolier se met réellement au vert.

Jusqu'à aujourd'hui, les compagnies communiquaient sur le thème de l'écologie. Une dose de gaz liquéfié par-ci, du besoin de ne pas gaspiller les ressources par-là. Bien sûr, les projets de BP ou de Shell sur le solaire, les technologies à hydrogène, les turbines à gaz ou les éoliennes étaient salués par les écologistes. Des programmes généralement lancés au début des années 2000.

Mais les géants noirs ne parvenaient pas réellement à convaincre. Les investissements consentis dans les énergies vertes ne représentaient qu'une fraction de leurs dépenses. Entre 1 et 1,5% pour les groupes les plus agressifs. Les pétroliers cherchaient avant tout à améliorer leur image, écornée par les marées noires à répétition (Erika, Prestige) ou la corruption et la pollution dans les pays en développement (Equateur, Nigeria). Une tactique destinée à séduire des investisseurs de plus en plus soucieux d'éthique, de social et d'écologie.

Cette fois, BP donne un véritable coup de pied dans la fourmilière. Annoncée la semaine dernière par son directeur exécutif, John Browne, la stratégie adoptée met l'accent sur les technologies alternatives. Dans les faits, le groupe va multiplier par huit ses investissements verts au cours des 10 prochaines années. A l'avenir, plus de 5% des dépenses y seront consacrées. «Dans le cas de BP Alternative Energy, la hauteur des investissements indique qu'on n'est plus dans le marginal», confirme Antoine Mach, cofondateur de l'agence de cotation éthique Covalence à Genève. En 2004, la compagnie britannique a injecté 16 milliards de dollars dans les projets pétroliers (exploration, extraction, raffinage), contre 1 milliard dans le renouvelable depuis 1995.

BP donne là un message clair. Un signal qu'il est possible d'engranger des bénéfices avec les énergies alternatives. A l'heure où même les plus sceptiques réalisent qu'il est impératif de trouver rapidement des solutions pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. «BP se positionne commercialement dans des technologies à fort potentiel pour lesquelles la demande va fortement augmenter ces prochaines années», souligne Natacha Guerdat, analyste en développement durable chez LODH à Genève. Réagir au réchauffement climatique devrait finalement s'avérer rentable. BP, dont l'unité solaire est déjà dans le noir, estime que sur la prochaine décennie, ses recettes liées aux énergies renouvelables atteindront 6 milliards de dollars par an. De quoi couvrir ses investissements.

Les compagnies pétrolières ont tout à y gagner. Particulièrement si le cours du brut, actuellement aux alentours de 55 dollars le baril, reste soutenu à l'horizon 2010. Comment pourrait-il d'ailleurs en être autrement? Les réserves d'or noir sont limitées et la soif des pays en devenir (Chine, Inde, etc.) ne devrait guère se réduire au cours des prochaines années.

Les projets dans le gaz, dont les réserves sont gigantesques, et sur les carburants bio tirés des végétaux sont centraux. Tout comme le développement de techniques de séquestration du gaz carbonique (CO2), qui consistent à injecter les rejets de carbone résultant de l'utilisation de carburants fossiles (charbon, gaz, sable bitumeux, pétrole) dans des poches vides de pétrole ou de gaz.

BP et autres Shell vont également abaisser leur profil de pollueur en produisant de l'énergie à partir du soleil ou du vent. Le besoin d'acheter des permis de polluer pour compenser leurs émissions de CO2 va diminuer. Les firmes pétrolières dégagent chacune de 100 à 150000 tonnes de CO2 par an, d'où la possibilité de réaliser de substantielles économies. Un élément à mettre en lien avec le protocole de Kyoto, dont les signataires se sont engagés à réduire de 5,2% à l'horizon 2012 les émissions de gaz à effet de serre.

Ce traité est appliqué par une trentaine de pays développés, à l'exception notable des Etats-Unis, premier pollueur mondial. Afin de ne pas entraver leur décollage, les pays émergents n'y sont pas soumis. Même si la Chine constitue aujourd'hui le second plus important émetteur de CO2. Les négociations futures devront inclure les puissances économiques montantes. En attendant, les pétroliers commencent à retrousser leurs manches.



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