|
La décision prise par BP n'a pas
fait beaucoup de vagues. Et pourtant. Les 8 milliards de dollars qui
seront investis ces 10 prochaines années dans les énergies
alternatives représentent une rupture avec le passé. Le groupe
pétrolier se met réellement au vert.
Jusqu'à aujourd'hui,
les compagnies communiquaient sur le thème de l'écologie. Une dose
de gaz liquéfié par-ci, du besoin de ne pas gaspiller les ressources
par-là. Bien sûr, les projets de BP ou de Shell sur le solaire, les
technologies à hydrogène, les turbines à gaz ou les éoliennes
étaient salués par les écologistes. Des programmes généralement
lancés au début des années 2000.
Mais les géants noirs ne
parvenaient pas réellement à convaincre. Les investissements
consentis dans les énergies vertes ne représentaient qu'une fraction
de leurs dépenses. Entre 1 et 1,5% pour les groupes les plus
agressifs. Les pétroliers cherchaient avant tout à améliorer leur
image, écornée par les marées noires à répétition (Erika, Prestige)
ou la corruption et la pollution dans les pays en développement
(Equateur, Nigeria). Une tactique destinée à séduire des
investisseurs de plus en plus soucieux d'éthique, de social et
d'écologie.
Cette fois, BP donne un véritable coup de pied
dans la fourmilière. Annoncée la semaine dernière par son directeur
exécutif, John Browne, la stratégie adoptée met l'accent sur les
technologies alternatives. Dans les faits, le groupe va multiplier
par huit ses investissements verts au cours des 10 prochaines
années. A l'avenir, plus de 5% des dépenses y seront consacrées.
«Dans le cas de BP Alternative Energy, la hauteur des
investissements indique qu'on n'est plus dans le marginal», confirme
Antoine Mach, cofondateur de l'agence de cotation éthique Covalence
à Genève. En 2004, la compagnie britannique a injecté 16 milliards
de dollars dans les projets pétroliers (exploration, extraction,
raffinage), contre 1 milliard dans le renouvelable depuis 1995.
BP donne là un message clair. Un signal qu'il est possible
d'engranger des bénéfices avec les énergies alternatives. A l'heure
où même les plus sceptiques réalisent qu'il est impératif de trouver
rapidement des solutions pour réduire les émissions de gaz à effet
de serre. «BP se positionne commercialement dans des technologies à
fort potentiel pour lesquelles la demande va fortement augmenter ces
prochaines années», souligne Natacha Guerdat, analyste en
développement durable chez LODH à Genève. Réagir au réchauffement
climatique devrait finalement s'avérer rentable. BP, dont l'unité
solaire est déjà dans le noir, estime que sur la prochaine décennie,
ses recettes liées aux énergies renouvelables atteindront 6
milliards de dollars par an. De quoi couvrir ses investissements.
Les compagnies pétrolières ont tout à y gagner.
Particulièrement si le cours du brut, actuellement aux alentours de
55 dollars le baril, reste soutenu à l'horizon 2010. Comment
pourrait-il d'ailleurs en être autrement? Les réserves d'or noir
sont limitées et la soif des pays en devenir (Chine, Inde, etc.) ne
devrait guère se réduire au cours des prochaines années.
Les
projets dans le gaz, dont les réserves sont gigantesques, et sur les
carburants bio tirés des végétaux sont centraux. Tout comme le
développement de techniques de séquestration du gaz carbonique
(CO2), qui consistent à injecter les rejets de carbone résultant de
l'utilisation de carburants fossiles (charbon, gaz, sable bitumeux,
pétrole) dans des poches vides de pétrole ou de gaz.
BP et
autres Shell vont également abaisser leur profil de pollueur en
produisant de l'énergie à partir du soleil ou du vent. Le besoin
d'acheter des permis de polluer pour compenser leurs émissions de
CO2 va diminuer. Les firmes pétrolières dégagent chacune de 100 à
150000 tonnes de CO2 par an, d'où la possibilité de réaliser de
substantielles économies. Un élément à mettre en lien avec le
protocole de Kyoto, dont les signataires se sont engagés à réduire
de 5,2% à l'horizon 2012 les émissions de gaz à effet de serre.
Ce traité est appliqué par une trentaine de pays développés,
à l'exception notable des Etats-Unis, premier pollueur mondial. Afin
de ne pas entraver leur décollage, les pays émergents n'y sont pas
soumis. Même si la Chine constitue aujourd'hui le second plus
important émetteur de CO2. Les négociations futures devront inclure
les puissances économiques montantes. En attendant, les pétroliers
commencent à retrousser leurs manches.
|
|